Arnaud Carpooran tenant un exemplaire de son dictionnaire...
La Journée internationale de la Langue maternelle, célébrée aujourd’hui à l’initiative de l’Unesco, sera marquée à Maurice par un événement de taille : la présentation du Dikisioner Morisien - Premier diksioner Kreol monoleng dans lemond & Ekivalan lexikal an franse ek angle. L’ouvrage est de Arnaud Carpooran, sociolinguiste et chargé de cours à l’Université de Maurice. L’auteur évoque la gestation de ce travail colossal dont l’idée avait germé il y a plus de vingt ans et livre ses impressions sur l’aboutissement du projet. Cet ouvrage est salué dans les milieux universitaires
Les individus et organisations engagés depuis bientôt quarante ans dans le combat pour la promotion et la reconnaissance officielle du kreol morisien, mais aussi linguistes et professionnels de l’éducation suivent avec intérêt la sortie et la présentation, prévues ce matin à l’Université de Maurice, de ce dictionnaire. " Enn diksioner kreol an kreol ? Boukou dimoun ti touteltan krwar sa li pa posib. Bann linguis souvan ti pe reve ki enn zour sa pou arive. Anaud Carpooran, avek so lekip etidian, finn fer li vinn enn realite. Enn gran loner pou lang kreol an zeneral, morisien an partikilie. Nou fier, nou bien kontan, nou exprim zot tou nou respe ek nou rekonesans pou premier Diksioner Kreol Morisien an kreol ", écrit le Pr Vinesh Hookoomsing dans la préface de l’ouvrage (en trois versions, à savoir anglaise, française et kreol).
Arnaud Carpooran est conscient de l’attente qu’il avait suscitée depuis qu’il en avait présenté un prototype en octobre 2005.
L’idée d’un tel dictionnaire lui avait effleuré l’esprit pour la première fois, il y a plus de vingt ans, en 1987 dans un cours consacré aux études créoles alors qu’il préparait sa licence en lettres modernes auprès de l’Université de la Réunion, qui avait une antenne à l’époque au Lycée Labourdonnais. Le dictionnaire Baker-Hookoomsing, précisément Diksyoner kreol-morisyen (un dictionnaire d’équivalence trilingue), venait de sortir et avait donné lieu à des discussions des plus passionnantes parmi les étudiants de ce cours. « Un des étudiants avait trouvé que le dictionnaire était incomplet parce qu’il ne contenait pas d’explications en kreol et Vinesh Hookoomsing, le chargé de cours, avait alors répondu : "So ler pa ankor vini" ». À ce moment-là, l’idée a fait tilt dans ma tête ", se souvient Arnaud Carpooran. Elle s’est renforcée plusieurs années après, plus précisément à partir de 1993, lorsqu’il prend son poste de chargé de cours à l’Université de Maurice.
« Quand la curiosité est là, elle ne s’en va pas. À l’université j’avais le terrain, le statut et les outils pour faire avancer l’idée progressivement tout en ne sachant pas encore si cela allait aboutir réellement. C’était un désir, mais ne croyez pas que c’était une obsession ". C’est lors d’une bourse d’études post-doctorale d’une durée de six mois à l’Université de la Réunion, en 2004, qu’il prend la décision, au moment de choisir le sujet de stage, de faire ce dictionnaire en kreol morisien " Au départ quand le professeur Jacky Simonin me l’a proposé, ma première réaction a été "non". Je me souviens lui avoir dit que c’était impossible et encore trop tôt parce que c’est un projet trop ambitieux Après discussions avec lui et avec d’autres linguistes, j’adopte l’idée et je me mets immédiatement au travail ».
Travail d’équipe
Le projet est réellement sur les rails, raconte l’auteur, à partir de février 2005 quand la définition de la première lettre de l’alphabet est validée par les autorités compétentes. De 2005 à 2009, il a eu pour collaborateurs une équipe d’étudiants " extrêmement dynamiques et efficaces " pour la réalisation de cet ouvrage. Une soixantaine de personnes ont tourné dans l’équipe pendant quatre ans mais quinze d’entre eux sont restés totalement dans le projet d’une manière régulière jusqu’à la fin. " Sans l’apport de ces quinze étudiants, le dictionnaire aurait vu le jour en 2020 ", estime Arnaud Carpooran. " Tout n’a pas été comme sur des roulettes. Il y a eu beaucoup de déboires et des moments de découragement, surtout face aux difficultés financières, confie Arnaud Carpooran, qui ajoute qu’il avait même failli tout arrêter.
Ce Diksioner Morisien porte le sceau de l’Université de Maurice ainsi que ceux de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), et l’Université de la Réunion.
K : cinq mots au hasard…
Kachak-charli : Enn masinn ki nepli fonksionn bien e ki kapav tom an
pann ninport ki ler. Ena enn kachak-charli ki pe rann gaz par devan,
samem larout bloke. Sin. Kas-Karyol. Fr. vieille machine ; ang. old
vehicle.
Kalaminndas : Konfizri prepare ek filaman disik. Mem kan li paret
gro, pena okenn konsistans dan enn kalaminndas. Fr. barbe à papa ;
ang. candyfloss.
Kanz : Lapoud blan ki servi pou fer kari vinn epe ouswa pou fer linz
vinn red kan drese. Bizin azout inpe kanz dan mo kol pou fer li tini
drwat. Fr. amidon ; ang. starch.
Kapab : Ki posed bann kalite e konpetans ki permet enn dimounn fer
kitsoz. Li paret enn dimounn bien kapab, mo ti pou kontan gagn li dan
nou lekip. Fr. apte, capable ; ang. capable.
Kanet : Ti boul an ver ki zanfan servi pou zwe. Dimounn inn vinn tro
sofistike, zot nepli zwe kanet aster. Fr. bille ; ang. marble.


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