Dëpi domoun la komans ékri an kréol lï la ésèy imit Jean de La Fontaine. Mé Louis Héry la mark nout kïltïr akoz lï lé lotër le prëmié tèks an kréol rényoné « Fables créoles, dédiées aux Dames de l’île Bourbon » an 1828. Avan lï sëlman François Chrestien lavé ékri bann fab an kréol morisien « Les essais d’un bobre africain » an 1820.
Louis Héry lété in zorèy, lï la énèt an 1802 an Bretagñ é lariv lil Bourbon an 1820. Daborin lï la travay konm mèt-lékol, apresa konm lamontrër rétorik. Kan lavé in lanimasion kïltïrèl lï lété kontër, sinonsa shantër é lï la minm di in diskour pou la mor Nicole Robinet de La Serve an 1842. Louis Héry lé osi in moun i la dõne zinfõrmasion dan son bann zékri sï lèkzistans la sours tèrmal Silaos.
Aproshan la fin son vi, Louis Héry lété manm la « Société des Sciences et des Arts ». Lï lé mor an 1856 malad èk émoptizi. Èk lékritïr, Louis Héry la fé in sorte kréolizasion nout bann reprézantasion kïltïrèl. Dan son travay nana fab mitoložik èk pratik bïrlès ansanm fab ètnoložik èk réalia La Rényon. Louis Héry i montt osi anou toponimi, ékolozi, plant, zanimo, tout la kisalité La Rényon.
Tout domoun i pans Jean de La Fontaine la pran lidé son bann fab dan lantikité grèk èk Hésiode (uitiẽm sièk avan J. C), Ésope (sètiẽm sièk avan J. C), sinonsa Démitrios de Phalère (katriẽm sièk avan J. C). Mé sak nou koné moin sé k’Jean de La Fontaine konm Ésope dayër la osi pran linspirasion dan la litératïr Linn antik le « Pañcatantra », in louvraž an sink liv an sanskri ékri pandan le siziẽm sièk. Dan le « Pañcatantra » in sin bramane i rakont bann kont, zistoir é fab pou lamontré lë troi garson le roi la sazès le kër ansanm lintéližans. Kanminm si dan nout kïltïr rényoné nana bon pë kïltïr dravidien, sïrtou tamoul, nou doi pa oubliy, konm le latin an losidan, le sanskri lété la lang kïltïrèl pou sharoyé dan tout Linn la konésans rëližièz é tout bann tèks le tan lontan. Ala in lèkzanp fab la vnï zïska Louis Héry dëpi le « Pañcatantra ». I guingñ mažine fab-la lé in lomaž Ésope. . . lï lé mor kondané apré in žižman : zot la žèt alï dëpi an-o in sirk. Ala lë kat vèrsion fab-la :
La tortue et les deux cygnes (Pañcatantra)
Il y avait dans un étang une tortue nommée Kambougrîva. Deux amis de cette tortue, nommés Sankata et Vikata, de l’espèce des cygnes, avaient conçu pour elle la plus grande affection. Toujours ils venaient sur le bord de l’étang, racontaient avec elle beaucoup d’histoires de dévarchis, de brahmarchis et de râdjarchis, et, à l’heure du coucher du soleil, ils regagnaient leur nid. Mais dans le cours du temps, par suite du manque de pluie, cet étang se dessécha peu à peu. Affligés de ce malheur, les deux cygnes dirent : Ô amie ! Cet étang n’est plus que de la bourbe. Comment donc existeras-tu ? L’inquiétude est dans notre cœur. Lorsque Kambougrîva entendit cela, elle dit : Hé ! Il n’y a pas pour moi possibilité de vivre sans eau. Cependant imaginons un moyen. Et l’on dit :
Pour un ami et pour un parent, le sage fait toujours des efforts énergiques quand des malheurs arrivent : c’est Manou qui a dit ces paroles.
Apportez donc quelque chose, une corde solide, un petit morceau de bois, et caetera, et cherchez un étang qui ait beaucoup d’eau. Ensuite je tiendrai par le milieu le morceau de bois avec mes dents ; vous deux, prenez-le par les deux bouts, et menez-moi à cet étang. ⎯ Ô amie ! répondirent les deux cygnes, nous le ferons ; mais il faut que tu observes le vœu de silence ; sinon, tu tomberas du morceau de bois, puis tu seras mise en pièces. ⎯ Certainement, dit la tortue, je fais vœu de garder le silence à partir de maintenant jusqu’à ce que par un voyage à travers les airs je sois arrivée à cet étang.
On fit ainsi, Kambougrîva, pendant le trajet, aperçut une ville qui se trouvait au-dessous d’elle. Les habitants de cette ville, la voyant ainsi portée, dirent avec étonnement : Ah ! Quelque chose qui a la forme d’une roue est porté par deux oiseaux ! Voyez, voyez ! Mais Kambougrîva, lorsqu’elle entendit leur rumeur, parla. Elle voulut dire : Hé ! Qu’est-ce que cette rumeur ? Elle n’avait prononcé que la moitié de ces paroles, quand elle tomba, et fut mise en morceaux par les habitants de la ville.
Voilà pourquoi je dis :
Celui qui, ici-bas, ne suit pas les conseils d’amis bienveillants, périt comme la sotte tortue qui tomba d’un morceau de bois.
(in Pañcatantra, traduit du sanskrit et annoté par Edouard Lancereau, introduction de Louis Renou, coll. Connaissance de l’Orient, Gallimard/Unesco, 1965.)
De la tortue et de l’aigle (Esope)
La Tortue mal satisfaite de sa condition, et ennuyée de ramper toujours à terre, souhaita devenir Oiseau, et pria très instamment l’Aigle de lui apprendre à voler. L’Aigle s’en défendit d’abord, lui représentant qu’elle demandait une chose contraire à son tempérament ; cependant se laissant vaincre par les prières de la Tortue, il la prit entre ses serres et l’enleva ; et l’ayant lâchée au milieu des airs, elle tomba sur une pointe de rocher, se brisa le corps, et mourut de cette chute.
(in Les fables d’Esope mises en français, avec le sens moral en quatre vers, Lons-Le-Saunier, Gauthier Neveu, 1709.)
La Tortue et les deux canards (Jean de La Fontaine)
Une Tortue était, à la tête légère,
Qui, lasse de son trou, voulut voir le pays,
Volontiers on fait cas d’une terre étrangère :
Volontiers gens boiteux haïssent le logis.
Deux Canards à qui la commère
Communiqua ce beau dessein,
Lui dirent qu’ils avaient de quoi la satisfaire :
Voyez-vous ce large chemin ?
Nous vous voiturerons, par l’air, en Amérique,
Vous verrez mainte République,
Maint Royaume, maint peuple, et vous profiterez
Des différentes moeurs que vous remarquerez.
Ulysse en fit autant. On ne s’attendait guère
De voir Ulysse en cette affaire.
La Tortue écouta la proposition.
Marché fait, les oiseaux forgent une machine
Pour transporter la pèlerine.
Dans la gueule en travers on lui passe un bâton.
Serrez bien, dirent-ils ; gardez de lâcher prise.
Puis chaque Canard prend ce bâton par un bout.
La Tortue enlevée on s’étonne partout
De voir aller en cette guise
L’animal lent et sa maison,
Justement au milieu de l’un et l’autre Oison.
Miracle, criait-on. Venez voir dans les nues
Passer la Reine des Tortues.
-La Reine. Vraiment oui. Je la suis en effet ;
Ne vous en moquez point. Elle eût beaucoup mieux fait
De passer son chemin sans dire aucune chose ;
Car lâchant le bâton en desserrant les dents,
Elle tombe, elle crève aux pieds des regardants.
Son indiscrétion de sa perte fut cause.
Imprudence, babil, et sotte vanité,
Et vaine curiosité,
Ont ensemble étroit parentage.
Ce sont enfants tous d’un lignage.
(in Fables, Jean de La Fontaine, Edition critique de Jean-Pierre Collinet, coll. Folio classique, Gallimard, Paris, 1991.)
La Tortue et les deux canards (Louis Héry)
Moi tire ein cont’ pays Bourbon.
En bas d’rempart la possession
L’avait ein torti vié grand-mère
Mais quand mêm’ vié son têt’ la té lézère.
Au lié rest’ tranquill’dans son coin
Vlà pas la ‘mazin’ s’en va loin.
Li dit dans l’fond d’son coer : « Z’écoliers gagn’ vacance,
« Tout blancs gros-têt’ s’en va promèn’ en France,
« Moi tout sèl moi rest’ dans mon trou !
« Na point ! Moi rôd ein bambou,
« Moi va louer dé canards manille
« Va porte à moi Saint-Leu pour moi voir mon famille. »
(Quand qu’femm’ n’en a son volonté
N’a pas li diab’ qui va faire arrêté :
Cà qu’femm’ y vé li sir pour faire :
Cà qu’torti vé, moi crois bien, mêm’ z’affaire).
Li ferm’ la port’ son cas’, li va rôd son porter,
Li prend di son maïs pour donn’ à z’aut’ di coer,
Li mett’ l’arack dans son brételle
Pour li mett’ en train z’aut la z’aile.
Quand canards la bien boir, z’aut y commenç flatter,
Son mazination z’aut vanter ;
Z’aut y dit : « Man torti, vous va fair’ bel voyaze,
« Vous va voir tout’ sort’ badinaze,
« Vous va connaît’ quoi çà qu’zens Saint-Leu dit,
« Z’aut’ façon, z’aut mod’, z’aut’ z’habit :
« Comm’çà qu’Ulyss’ la fait. (Guett’ein pé z’aut’ parole !
Canards y nomm’ di mond comm’ blanc qui montr’ l’école :
Faut dire aussi canards qui parl’ latin,
Qui suivr’ z’enfants collèz’ quand qu’après manz’ z’aut’ pain).
Enfin z’aut’ la cont’ tant d’nouvelle
Qu’man torti perd’ net son cervelle.
Li di : « Allons nous vit’ » Canards dit : « Tiens vous bon ;
« Nous va plaç’ aux dé bouts, souq’ li mitant d’bâton,
« Trap’ li bambou par son traverse,
« Prends gard’ va tumber la renverse,
« Prends gard’ maman, si vous çappé
« Vous va donné marrons grand soupé. »
Li r’pond tout en faraud : « Allez, moi moi n’a pas bête,
« Allez vous. » Li l’allonz’ son têt,
Li tir’ son patt’ en bas, en haut,
Comment grenouill’ qui dort si l’eau.
Quand tout la fini prêt, fr. . . canards y s’envole,
Pique en l’air ! Noirs commin’ la té fouillé rigole
Au d’sis d’Saint-Paul, dans l’cimin Bernica,
Tout la commenç’ crier : « Guett’ çà torti maca !
« Où çà qu’torti bébêt pour gagn’ montire ?
« Cà la rein’ pour n’en a voitire ? »
« Oui moi la rein’ band’… » Ouah ! ! N’a pas l’temps dir plislong
Li la tumbé lourd comm’ di plomb,
Son z’écaill’ la crâs’ en haut d’roce.
Gaspard, gros noir gourmand, la té travaill’ tout proce,
La saut’ dessis, la gagn’ manzer ;
Encor’ n’ point la pein’ plicer.
Zens qui trop grand parler, acout’ séprit mon conte ;
Not’ la langue y ramass’ malhèr ensemb’ la honte,
Caud la lang’ li zist’ pour perdi.
Bli’ pas li cont’ maman torti.
(in Textes créoles anciens, Robert Chaudenson, Kréolische bibliothek, Buske, Hambourg, 1981)
Kanminm Louis Héry té i koné pa son langaž i sré in žour in linèstimab témoigñaž la lang rényoné, son prožé lékritïr lété pou la valër la konsèrvasion la kisalité rényoné. Sa in démarsh témérèr minm mèt an lékritïr in langaž lété sëlman kozé. . . Louis Héry la fé sa le prëmié pou nout lang !
Bibliografi Louis Héry
Fables créoles (dédiées aux Dames de l’île Bourbon), 1ère édition, Saint-Denis, 1828.
Esquisses africaines, fables créoles et explorations dans l’intérieur de l’île Bourbon, 2ème édition, Saint-Denis, 1849 (3e éd. : 1856 ; 4e éd. : 1883).
Pou antann fab Louis Héry
"Poèt Larénion" (coll. de CD), n°7, "La fable créole : Louis Héry", France, K’A, 2003.


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