Jean-Claude Carpanin Marimoutou est avant tout connu pour son travail à l’Université de La Réunion. Professeur sur le campus du Moufia, il enseigne depuis plusieurs années les littératures de l’océan Indien, et plus particulièrement la littérature réunionnaise. Auteur d’une thèse de Lettres portant sur le roman réunionnais (1990), et également d’un large éventail d’articles scientifiques portant sur les écrivains et les enjeux de cette même littérature, il a toujours insisté sur l’importance du rôle de la langue dans le champ identitaire de cette île.
Son oeuvre de poète, elle, reprend les thématiques abordées dans son travail scientifique, et les retourne dans une perspective bien plus intimiste. Après Fazèle (1978) et Arracher cinq mille signes (1980), c’est dans Approches d’un cyclone absent (1991) qu’il livre aux lecteurs ses espoirs - et ses déceptions - concernant l’île. Il y relate comment les aléas de l’histoire ont fait basculé le rêve de cette île india-océane qui n’est jamais véritablement parvenue à trouver sa place dans le monde :
Depuis longtemps le soleil veillait sur son désir.
Le ciel déléguait ses messagers. Sans réponse.
La mer était verte depuis toujours. Seule tolérée.
Cette île était à prendre et nous l’avons prise.
(Approches d’un cyclone absent, p. 21)
Le ton devient mélancolique, créole et français se mélangent en une voix pour raconter comment la mémoire a été scindée en deux par l’histoire. A l’heure où « la mèr i sagrine », où « lo sièl lé vantranlèr » (p. 98), il évoque comment les larmes lui montent aux yeux : « pourquoi, à l’instant du marcheur, / en moi, cette envie de pleurer ? » (p. 99). Cette violence, cette déferlante qui s’abat sur "le marcheur", est une onde de choc historique : esclavage, colonisation, soumission d’un peuple‚ etc. Les mots de Carpanin Marimoutou attirent l’attention sur ce qu’il ne faut pas oublier, ce qu’il faut conserver à l’esprit pour voir se réaliser ce rêve, celui d’une société intègre, sauve de ses particularités. L’auteur va poursuivre son projet poétique - mêlé à une conscience politique - jusqu’en 2002, avec des oeuvres telles que Romans pou la tèr èk la mèr (1995), 6 fonnkèr pou band lèt la pèrd la bann / 6 poèmes pour des lettres envolées (2000), ou encore ’Narlgon la lang’ (2002). Par ailleurs, il est bon également de rappeler que Carpanin Marimoutou faisait partie de l’association « Ziskakan », qui s’est engagée dans la politique de l’île dans les années 1960-1970. Au sein de cette association, on y retrouvait des hommes tels que Gilbert Pounia (qui fonda le groupe de musique justement nommé Ziskakan), Alain Armand, etc. A l’époque, la création artistique n’était pas séparée du combat politique... La langue battait pour dire, pour dénoncer, pour aider à retirer les baillons posés par l’histoire.
Aujourd’hui, Carpanin Marimoutou continue à enseigner à la faculté de Lettres de La Réunion. Egalement, avec l’artiste Robèr, André, fondateur de la maison d’édition K’A, il travaille à la mise en avant d’écrivains réunionnais. Enfin, depuis quelques années, c’est principalement avec Françoise Vergès qu’il se consacre à un autre projet ambitieux : la Maison des Civilisation et de l’Unité Réunionnaise (MCUR). En 2005, il a publié un livre intitulé Amarres. Créolisations india-océanes, avec Françoise Vergès, pour préciser les enjeux et les perspectives de ce projet muséal réunionnais. Amarres est un essai qui met en perspectives les questions qui secouent La Réunion d’aujourd’hui : les questions de la culture, de la langue, de la manière dont les Réunionnais s’approprient l’espace, mais aussi, de la manière dont ils vivent leur rapport avec les autres habitants de l’océan Indien. Que signifie, aujourd’hui, faire partie d’une population née au carrefour de l’Afrique, de l’Asie, de l’Europe et de bien d’autres lieux encore ? Comment interpréter de nos jours l’identité de cette population issue de l’histoire mêlée des cafres, des chinois, des malbars, des z’arabes, des européens, etc.. ? C’est bien en cela que consiste tout le travail restant à effectuer : replacer l’histoire de notre île dans un contexte où pendant plusieurs siècles les individus se sont rencontrés dans un carrefour de l’océan Indien...
Poésie de Carpanin Marimoutou :
Fazèle, France, K’A, 2001 (Les Chemins de la Liberté, 1978).
Arracher cinq mille signes, France, Goutte d’Eau dans l’Océan, 1980.
Approches d’un cyclone absent, France, Page Libre, 1991.
Romans pou la tèr èk la mèr, France, Grand Océan, 1995.
6 fonnkèr pou band lèt la pèrd la bann / 6 poèmes pour des lettres envolées, France, K’A, 2000.
Narlgon la lang, France, K’A, 2002.
Etudes par Carpanin Marimoutou :
Le roman réunionnais. Une problématique du Même et de l’Autre. Essai sur la poétique du texte romanesque en situation de diglossie, Thèse de Doctorat sous la dir. de Robert LAFONT, Université Paul Valéry – Montpellier 3, 1990.
L’Espoir Transculturel II : Ile et fables, psychanalyse, langues et littératures (èk Jean-François REVERZY), France, INSERM / L’Harmattan, 1990.
Travaux et documents (dir.), n° 6 & 7 « Le discours et ses sites. Mélanges de linguistique et de littérature offerts à Michel Carayol », France (Réunion), Université de la Réunion, juin-oct. 1995.
L’Insularité : Thématique et Représentation (avec Jean-Michel RACAULT), Paris, L’Harmattan, 1995.
Un état des savoirs à La Réunion. Tome II, Littératures (avec Valérie MAGDELAINE-ANDRIANJAFITRIMO), France (Réunion), LCF-Université de La Réunion, 2004.
Amarres. Créolisations india-océanes (avec Françoise VERGES), Paris, L’Harmattan, 2005.


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