Accueil > Les Tribunes > Qu’est-ce que le "Dipavali" ?

Qu’est-ce que le "Dipavali" ?

par Eric Naminzo

lundi 1er novembre 2010, par Eric Naminzo

Qu’est-ce que le "Dipavali" ? //

Une fête de très grande envergure célébrée par toutes les communautés hindoues du monde entier. De ce fait, elle est considérée de nos jours comme la plus importante des fêtes de l’hindouisme.

Rien d’étonnant, par conséquent, qu’elle fasse partie, dans notre île, avec le jour de l’an tamoul, des grandes fêtes du calendrier religieux malbar. Nous pourrions sans doute la comparer, quant à son importance, à la Pâques pour les chrétiens, ou à Aïd el-Fitr pour les musulmans, la fête de la rupture du jeûne de Ramadan, moments intenses de ferveur, de joie et de partage.

Ethymologie

On dit également Diwali (c’est le mot hindi), si l’on se réfère à la culture hindustani (nord de l’Inde, généralement de langue hindi), mais à la Réunion, le mot est tamoul ( Deepavali, le terme d’origine en version anglicisée), sans grande surprise, lorsqu’on sait l’histoire des Malbars de la Réunion. « Deepavali » a donc donné « Diwali » par la suite.

Dîpavalî : « deepam » (lumière) « -avalî » (rangée) : rangée de lampes.

Origines, significations

On appelle le Dipavali « la fête de la lumière », ou encore la victoire du Bien sur le Mal. C’est la raison pour laquelle, les différentes communautés religieuses de l’île se sentent plus ou moins concernées par cette célébration suffisamment « ouverte » et consensuelle.

En outre, bien qu’elle rassemble les hindous de toutes parts, sans distinction de culture (rappelons que l’Inde est aussi vaste qu’un continent, d’où son appellation de « sous-continent indien » !), on observe cependant des différences quant au déroulement, à la mise en place, et même dans ses origines mythologiques, compte tenu des apports culturels propres à chaque région de l’Inde, aux pratiques si diverses du Sanathana Dharma (Hindouisme).

Nous choisissons de ne présenter que les 2 légendes les plus répandues :

Voici celle qui fait le plus souvent office de référence à la Réunion, comme dans le Sud de l’Inde, légende par ailleurs très fréquemment associée à la Fête des Lumières : la victoire de Krishna (avatâr de Vishnu) sur un démon, Narakâsura (Naraka, « enfer » + asura « démon »). L’histoire raconte que ce démon avait reçu des pouvoirs immenses, qu’il en avait abusé, et fut puni pour cette attitude ; ce thème est récurrent dans les légendes hindoues. Sa mère [1], la terre (Bhudevi ou Bhumi Devi), essaya d’obtenir de Vishnu le don de longue vie pour son fils, et de faire de celui-ci un être tout puissant. Vishnu lui accorda ces dons sans réticence. Il établit le royaume de Pragjyotisha dans l’actuel Assam, après avoir renversé le dernier des rois Danava, Ghatakâsura. Invincible, incontesté, Narakâsura régnait sans partage. Il était devenu une menace pour les hommes et les Dieux. Cependant, à la demande des dieux, excédés par les méfaits accomplis par Narakâsura, Vishnu prédit qu’il serait détruit par l’un de ses avatars tardifs, Krishna. Ainsi, lors de l’incarnation (ou manifestation) divine (avatâr), Krishna fit route depuis le Gujerat où il séjournait alors ; il détruisit l’imposante armée de Narakâsura puis le démon lui-même. La population ainsi libérée se réjouit et seize mille cent femmes gardées en captivité par le démon devinrent des épouses de Krishna, celui-ci leur rendant ainsi leur dignité. Avant de mourir, l’asura demanda une faveur à Krishna : que l’anniversaire de sa mort soit célébré par tous les peuples de la terre. Cette journée est célébrée comme « Naraka Chaturdashi » et constitue le premier jour de Diwali, là où la fête couvre 4 journées (voir plus bas : « Célébrations »).

Autre origine légendaire très répandue : le retour triomphant de Râma dans sa ville d’Ayodhyâ au bout de quatorze années d’exil et après avoir défait le démon Râvana qui régnait sur l’île de Lanka. Les habitants de la ville auraient accueilli le héros, autre incarnation du dieu Vishnu, son épouse Sîtâ (enlevée par le démon) et son frère Lakshmana, en illuminant leurs maisons de leurs lampes à huile. Cette histoire est contée dans le Ramayana, récit épique célébrissime en Inde, puisqu’il offre de nombreuses explications à divers rituels hindous ; c’est un des textes majeurs de l’hindouisme.

D’autres légendes sont également à l’origine du Diwali : les noces de Lakshmî et de Vishnu ou encore la naissance de Lakshmî. Cette déesse est particulièrement vénérée pour le Dîpavalî. Elle incarne la beauté, la fortune et surtout la prospérité.

CELEBRATIONS

Le fait qu’il existe de nombreuses pratiques pour célébrer le Diwali résume l’idée de « l’unité dans la diversité », puisque dans toutes les parties du monde où se sont implantés des groupes plus ou moins importants d’Indiens, comme dans notre île, on célèbre à l’heure actuelle le Dipavali, avec les influences et les spécificités qui sont celles des régions d’origine des groupes majoritaires ayant composé cette diaspora. D’autre part, la diversité ethnique et culturelle croissante de la religion hindoue à travers le monde offre la possibilité de participer aux célébrations et aux rituels de la fête de Diwali.

Dans les régions de l’Inde où la célébration se déroule sur 4 jours, le premier jour est appelé « Naraka Chaturdashi », le deuxième jour, « Amavasya », est dédiée à Lakshmî. On prie la déesse pour qu’elle apporte prospérité et lumière. Le troisième jour fait référence à un autre épisode légendaire, et se nomme « Kartika Shudda Padyami » ou « Bali Padyami ». Quant au dernier jour, il est appelé « Yama Dvitiya », où les sœurs invitent leurs frères dans leurs foyers. Mais cette forme de pratique n’est pas suivie à La Réunion : un seul jour est consacré à la célébration religieuse, définie par le calendrier tamoul (pandjagam).

Le Dipavali est aussi une fête, on s’en doute bien, de partage : en Inde, on prépare certains des bonbons populaires pour l’occasion : halwa, burfi et laddu (que les Réunionnais d’origine mauricienne ou indo-musulmane connaissent bien, « ladou »). Chacun sait que les hindous adorent manger épicé et pour les non-végétariens ils se livrent à des plats classiques comme poulet tandoori, crevettes sambar et tête de poisson au curry. Dans les maisons des hindous qui sont végétariens on prépare des plats populaires comme dosais, idlis (typiquement dravidiens) et naans sont prêts.

A la Réunion, c’est bien évidemment les festivités selon les codes tamouls qui prévalent. La famille se recueille depuis la veille, et durant les jours qui précèdent le Dipavali, on nettoie chez soi pour chasser l’infortune ("Alaskshmi"). En Inde, et à la Réunion certains hindous, on se lève à 3h du matin pour un bain d’huile, puis on revêt des habits neufs, prêts à accueillir la lumière, la fortune, Lakshmi. On prie au lever du jour, pour faire entrer la lumière divine (le soleil, Surya, Soulyèn en créole) dans son foyer. Le soir, on allume des lampes en terre cuite tout autour de la maison, les lumières scintillent dans la nuit, merveilleux spectacle d’illumination, symbolisant la victoire de la Lumière sur les Ténèbres. Cette lumière vient brûler notre Ego par la même occasion, représentée mythologiquement par Narakasura.

En parallèle de ces rituels « privés », des festivités sont mises en place, dans bien des localités de l’île, chaque année plus importantes, plus populaires. D’ailleurs, dans l’île, au fil des ans, le Dipavali s’ouvre au consensus et au partage des cultures : compte tenu de la symbolique de cette fête, à savoir la victoire du Bien sur le Mal, le triomphe de la Lumière Divine sur les Ténèbres, les responsables religieux hindous, en cohésion avec la pensée du dialogue inter-religieux [2] intègrent des éléments relatifs aux messages de tolérance et de paix universelle. C’est bien sûr à l’occasion des grands défilés publics et festifs dans les rues des différentes villes où l’on fête le Dipavali avec faste (St-André, St-Paul, Piton-St-Leu, St-Pierre), qu’on voit par exemple, aux côtés des chars représentant les divinités telles que Lakshmi, tout un ensemble d’objets et de des symboles signifiant la cohésion, tels qu’un globe terrestre géant, des slogans rassembleurs exhortant à respecter les grandes valeurs, comme « Sauve ta terre », etc. C’est finalement un moment de partage populaire, d’une grande cohésion, en lien direct avec le sens de la Fête de la Lumière : lumière qui se trouve être un élément fondamental dans toutes les religions, puisque opposée à l’obscurité qui empêche l’homme d’accéder à Dieu, de se développer et de prospérer en toute harmonie.

Néanmoins, cet élan populaire festif ne fait pas l’unanimité ; beaucoup de Réunionnais (hindous ou non) pensent qu’il y a là une déviance par rapport au sens de cette fête, à son caractère religieux, intime. Ils y voient un non-respect des traditions religieuses, pointant les hindous qui ne font plus de rites chez eux lors du Dipavali et se contentent d’aller assister aux festivités artistiques et profanes. Il est vrai qu’à cette occasion, comme pour le jour de l’an tamoul, des scènes sont montées, où se produisent divers groupes de danse indienne ou tout autre manifestation culturelle indienne, malbar. A ce propos, on peut lire sur une page internet concernant les préparatifs des festivités du prochain Dipavali (qui aura lieu le 5 novembre 2010) sur la ville de Saint-Pierre : « […]L’édition 2010 du DIPAVALI aura pour ambition une manifestation alliant partage, fête et tradition. », peut-être une façon de rassurer les plus réticents ?

Quoi qu’il en soit, le Dipavali a toujours été, depuis sa première édition à Saint-André le 17 octobre 1990, et restera synonyme de paix, de recueillement autour d’un grand principe universel et religieux.

A titre informatif, une petite liste non exhaustive des pays et lieux où l’on fête Dipavali (ce sont bien entendu les pays ayant connu une diaspora indienne importante) : Maurice, Guyana, Malaysie, Fidji, Trinidad-et-Tobago, Surinam, Singapour, Afrique du Sud, G-B, Nouvelle –Zélande, Antilles françaises, Canada, Etats-Unis, Birmanie, Arabie Saoudite, etc…


- Liens (à consulter) :

Sur la symbolique (en français) : www.jaia-bharati.org

Sur les différents festivals du Dipavali dans le monde (en anglais) : http://hinduism.about.com


- Sources : indereunion.net, wikipedia, sanathana dharma.com

P.-S.

A noter que Barak Obama est devenu le premier président à assister personnellement à Diwali à la Maison Blanche en 2009.

Enregistrer au format PDF Version imprimable de cet article Version imprimable envoyer l'article par mail envoyer par mail

Notes

[1] Notons selon d’autres sources, il est le fils de l’asura Hiranyaksha, autre démon vaincu par Vishnu dans une autre légende.

[2] Groupe de dialogue inter-religieux, créé en novembre 2000.

Réagir à cet article

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d'abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n'oubliez pas d'indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Maloya.org - Copyright © 2006-2012. Tous droits réservés.

Visiteurs connectés : 3