Dans la salle du Conservatoire à Rayonnement Régional (CRR) de Saint-Pierre, l’accueil du résultat par le public présent est comme le temps : plutôt froid. Pas d’ovation... Nous sommes loin de l’émotion exprimée en 2009 à l’annonce de la victoire d’Alex. Pourquoi ? Pas parce que Zorro Chang n’est pas apprécié, mais sans doute parce que "l’esprit Alain Peters", par ce choix, n’est pas tout à fait respecté. Zorro Chang, en effet, s’est fait connaître avec son titre "Ala le son", reprise du tube du rappeur américain Pitbull (voir par exemple l’article : "Prix Alain Peters : Ala Zorro Chang"). Ce n’est donc pas, à proprement parler, un texte original et inédit.
Or, il est dit, sur le site du Sakifo Festival (initiateur, avec le Conseil Régional de La Réunion, du prix) que : "Les paroles du musicien [Alain Peters donc], manipulateur de mots et de rythmes sont gravées dans l’histoire de la culture réunionnaise". Il se dit alors, dans les couloirs du CRR, que cette description du plus symbolique des artistes de l’île (mort, rappelons-le, dans l’indigence et l’indifférence totale) ne correspond pas vraiment au choix fait par le jury. Ce n’est pas un amoureux de la langue, de ses possibilités et de ses jeux, ce n’est pas un parolier, "fonnkozèr" ou "parabolèr" comme aimait à se définir Alain Peters, qui a été nommé. Le répertoire de Zorro Chang est avant tout un répertoire de dance hall, loin donc des chansons à texte.
En somme, ce n’est pas le style du lauréat 2010 qui est débattu, mais véritablement les motivations du jury : ont-ils pris le temps de s’attacher à la valeur des textes d’une Héléna Esparon, d’un Jaboticaba, d’un Mounawar, d’un Jim Fortuné ou d’un Tiloun ? Si c’est à la perfomance scénique qu’il fallait décerner ce prix, alors, peut-être, aurait-il fallu le nommer autrement... Mais probablement pas "prix Alain Peters", prix qui devrait avant tout récompenser un travailleur de la langue. Il se dit donc beaucoup de choses depuis cette nomination... Mais surtout, il se dit que depuis ce dimanche 08 août, jour pluvieux à Saint-Pierre, feu Alain Peters, dans sa tombe, a dû faire quelques tours sur lui-même...
Nous souhaitons bonne chance à Zorro Chang pour ses scènes futures... Nous souhaitons surtout que le président du jury ait raison lorsqu’il justifie ainsi son choix : "Le critère déterminant a été que la musique de Zorro Chang s’exportera plus facilement à l’international" (Tiken Jah Fakoly). Et pour finir, saluons la généreuse position de Zorro Chang qui a tenu, publiquement, à dédicacer ce prix à l’ensemble des participants du concours : Héléna Esparon, Jaboticaba, Mounawar, Jim Fortuné et Tiloun.
Illustration : Alain Peters et son instrument fétiche, le takamba (extrait de Akout). Le trophée du prix Alain Peters représente cet instrument.


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