Eric Naminzo est l’auteur d’une contribution intitulée « Le tamoul et notre langue créole » portant sur l’origine indienne de certains mots créoles (Cette contribution a été publiée dans le second numéro de Point d’orgue, pp. 33-37).
Publiée dans le troisième numéro de la revue, la contribution de Serge Ah-Kon porte sur le créole à l’école (cette contribution a été publiée dans le troisième numéro Point d’orgue, pp. 31-34). L’auteur y développe son point de vue à partir d’une enquête IPSOS réalisée en 2009.
16h30 : début de la rencontre. Les échanges ont pour thème la place de la langue créole dans la société réunionnaise, à l’école, dans les médias ou encore la quête identitaire à laquelle elle est inhérente. Eric Naminzo souligne l’oppression subie par la langue créole. Selon lui, « une décolonisation mentale et idéologique est à mener ». Il s’agit finalement de changer la perception que nous avons de nous-mêmes, « souvent le Réunionnais se voit encore comme un colonisé ». Autour de la table, un jeune participant admet sa confusion, il craint que ce retour aux racines ne nous mène vers une culture totalement fermée, repliée sur elle-même et hermétique aux autres. Nous en revenons finalement à la cohabitation conflictuelle de ces deux langues. Stéphane Hoarau lance des pistes et suggère que l’on se décrispe sur la question qui paraît moins conflictuelle dans les autres îles de l’océan Indien. « Notre démarche, à travers Point d’orgue, explique-t-il, consiste à produire une pensée en créole. Auparavant, cela était quasi-impossible et nous avons aujourd’hui la chance de pouvoir le faire grâce au travail de nombreux écrivains et autres acteurs culturels. Alors nous le faisons sereinement et en tentant d’aller de l’avant, d’en faire quelque chose de constructif. L’idée est de se déculpabiliser vis-à-vis du créole ».
Serge Ah-Kon, lui, ajoute que le problème de la langue créole se pose également au niveau de l’instruction. Lorsque les enseignants, non créolophones, se trouvent face à des enfants ne parlant que créole, la rencontre se solde par un échec : un taux d’échec de 30% depuis trente ans ! Selon une participante, la difficulté naît de ce que le créole est souvent la seule langue utilisée au sein de la cellule familiale réunionnaise. Pour Stéphane Hoarau, le problème pourrait être ailleurs, et viendrait peut-être de la non-prise en compte du créole réunionnais en tant que « langue maternelle ». Or, l’enfant n’apprend d’abord à lire et à écrire que dans sa langue maternelle souligne Serge Ah-Kon…
En filigrane, se dégage la problématique identitaire : que signifie « être Réunionnais » ? Une voix s’élève : « on ne peut pas définir l’identité. Définir l’identité, c’est s’enfermer dans une culture, comme le dit Amin Maalouf ». En référence à l’ouvrage Les identités meurtrières, Eric Naminzo répond qu’un rééquilibrage en amont est nécessaire avant de pouvoir penser sereinement la question des identités. Un équilibre qui se trouve dans le pluriel et non dans le singulier, précise Stéphane Hoarau : « peut-être vaut-il mieux parler d’identités, au pluriel donc ? ».
18h00 : le débat touche à sa fin. Lucien Biedinger pose la question de la graphie, de la nécessité d’un consensus, d’une codification de la langue. « Il s’agit d’abord d’un travail qui doit s’inscrire dans la durée, qui ne doit pas se faire dans la précipitation, selon Stéphane Hoarau. Le temps est une donnée importante : le consensus se trouvera dans la durée ».

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