Né d’une expérience originale lancée courant 1998 par France-Loisirs, 30 jours à tuer est un roman interactif initié par Yann Queffélec.
L’auteur des Noces barbares, prix Goncourt 1985, a en effet accepté d’ouvrir le bal en écrivant le premier chapitre d’un roman dont il ignorait lui-même la fin. S’inspirant d’une actualité récente aux Etats-Unis, il imagina l’histoire de Clara Turner, une jeune femme condamnée à mort pour avoir tué son professeur de violon, qui bénéficie d’un sursis de 30 jours accordé par le gouverneur. Que va-t-elle faire de ces 30 jours ? Douze années passées en prison ont-elles totalement changé celle qui fut autrefois une meurtrière ?
Diffusé sur le site Internet de France-Loisirs, ce chapitre était accessible à tous, chacun ayant pour mission de continuer l’histoire en inventant le chapitre suivant. A chaque étape, un jury se réunissait pour sélectionner ce qui deviendrait la suite officielle du roman, et le concours reprenait alors avec cette nouvelle suite.
Ce furent pas moins de six internautes francophones répartis à travers la planète qui eurent ainsi la joie d’être sélectionnés et de voir leur nom sur la couverture du livre, bien réel, qui a été édité en 1999 à partir de leurs contributions et qui a été diffusé en exclusivité dans les points de vente France-Loisirs.
Extraits
Ils sont environ une centaine, peut-être plus. Une forêt de caméras et de micros tendus. Un instant, je ne suis plus le monstre qui a tué mais la rescapée, la miraculée, la graciée. Je n’entends qu’une seule et même voix : "Qu’avez-vous à déclarer Clara Turner, qu’avez vous l’intention de faire ?" Tout m’embrase. Le ciel, les couleurs. Les visages. D’autres visages. A l’air libre. Pendant douze ans, le monde de dehors s’appelait Métropolis. Il y avait la tour et la prison. Entre les deux, j’avais oublié ce qu’il y avait . Bien sûr que oui, j’ai quelque chose à dire. A hurler même. Merci, mon Dieu, mon Sauveur Tout Puissant. Je pleure. Les monstres ne chialent pas. Des regards remplis de fiel traversent la foule de vautours et me touchent comme des poignards. L’escorte de six hommes me protège de leurs coups, pas de leur haine. Je parie que le gouverneur lui-même n’a pas une telle escorte. Sur des pancartes, je lis A MORT CLARA et aussi CLARA VIVRA.
Joëlle Ecormier (Chapitre 2)


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