"Ne rien faire, juste attendre...
...brasser de l’air, pisser dans un violon, se tourner les pouces ou marcher de long en large... c’est être inactif, inerte et cela ne se fait pas. Ma démarche se situe précisément là, dans cette activité négative et consiste en quelque sorte, à prendre à la lettre ces actes improductifs qui illustrent dans le langage courant l’expérience de l’attente.
De là découle tout un inventaire de gestes, de mouvements répétitifs, de motifs chorégraphiques et parfois simplement graphiques qui plutôt que de combler le vide de l’attente, le génèrent : coudre tout au long d’une année des épluchures de clémentines les unes aux autres, arroser des plantes, faire de la poterie(pœtry), s’asseoir, se lever, errer dans un espace restreint, murmurer des mots à l’oreille des passants, rester debout immobile dans la rue, capturer un rayon de soleil sur ses draps, compter le nombre d’expirations à la minute, dessiner de minables petites fleurs bleues. Ces actes obsessionnels me semblent être exactement à l’image des tâches absurdes mises en œuvre part les personnages mythiques que sont Sysiphe, condamné à faire rouler une pierre jusqu’en haut d’une montagne indéfiniment, ou Pénélope, tissant le jour et détissant la nuit, figeant par ce processus toute l’économie d’Ithaque dans l’attente du retour d’Ulysse. Autant d’actes insensés qui s’inscrivent dans une volonté d’épuiser le temps jusqu’à ce que la fin de l’attente ne soit plus une fin en soi, une volonté de “ne rien faire” et dont la seule finalité, s’il y en a une, est de créer quelque chose qui se rapprocherait d’un espace littéraire, un territoire invisible permettant une expérience du temps autre que celle qui nous est infligée par nos sociétés dont toute l’organisation est basée sur le travail actif et productif.
Aux Comores (d’où je suis en partie originaire) il existe un mythe, celui de la cinquième île. L’archipel est composé de quatre îles mais dans l’imaginaire des comoriens, il en existe une autre invisible, celle de toute la diaspora, des “exilés” qui se sentent étrangers aussi bien dans leurs pays d’exils que sur leur terre natale. J’aime à penser que l’espace (littéraire) que construisent ces “inactions” est à l’image de la cinquième île, un territoire de l’entre-deux, une île d’autres possibles permettant de réinventer nos conditions d’existences et de survivre, de résister ou peut-être simplement d’accepter ainsi toute l’absurdité du monde. »


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